lundi 1 septembre 2014
mardi 26 août 2014
"un objet parfaitement magique"
Je crois que l’automobile
est aujourd’hui l’équivalent assez exact des grandes cathédrales
gothiques : je veux dire une grande création d’époque, conçue
passionnément par des artistes inconnus, consommée dans son image,
sinon dans son usage, par un peuple entier qui s’approprie en elle
un objet parfaitement magique.
La nouvelle Citroën
tombe manifestement du ciel dans la mesure où elle se présente
d’abord comme un objet superlatif. Il ne faut pas oublier que
l’objet est le meilleur messager de la surnature: il y a facilement
dans l’objet, à la fois une perfection et une absence d’origine,
une clôture et une brillance, une transformation de la vie en
matière (la matière est bien plus magique que la vie), et pour tout
dire un silence qui appartient à l’ordre du merveilleux. La
«Déesse» a tous les caractères (du moins le public commence-t-il
par les lui prêter unanimement) d’un de ces objets descendus d’un
autre univers, qui ont alimenté la néomanie du XVIIIe siècle et
celle de notre science-fiction: la Déesse est d’abord un nouveau
Nautilus.
C’est pourquoi on
s’intéresse moins en elle à la substance qu’à ses joints. On
sait que le lisse est toujours un attribut de la perfection parce que
son contraire trahit une opération technique et tout humaine
d’ajustement: la tunique du Christ était sans couture, comme les
aéronefs de la science-fiction sont d’un métal sans relais. La DS
19 ne prétend pas au pur nappé, quoique sa forme générale soit
très enveloppée; pourtant ce sont les emboîtements de ses plans
qui intéressent le plus le public: on tâte furieusement la jonction
des vitres, on passe la main dans les larges rigoles de caoutchouc
qui relient la fenêtre arrière à ses entours de nickel. Il y a
dans la DS l’amorce d’une nouvelle phénoménologie de
l’ajustement, comme si l’on passait d’un monde d’éléments
soudés à un monde d’éléments juxtaposés et qui tiennent par la
seule vertu de leur forme merveilleuse, ce qui, bien entendu, est
chargé d’introduire à l’idée d’une nature plus facile.
Quant à la matière
elle-même, il est sûr qu’elle soutient un goût de la légèreté,
au sens magique. Il y a retour à un certain aérodynamisme, nouveau
pourtant dans la mesure où il est moins massif, moins tranchant,
plus étale que celui des premiers temps de cette mode. La vitesse
s’exprime ici dans des signes moins agressifs, moins sportifs,
comme si elle passait d’une forme héroïque à une forme
classique. Cette spiritualisation se lit dans l’importance, le soin
et la matière des surfaces vitrées. La Déesse est visiblement
exaltation de la vitre, et la tôle n’y est qu’une base. Ici, les
vitres ne sont pas fenêtres, ouvertures percées dans la coque
obscure, elles sont grands pans d’air et de vide, ayant le bombage
étalé et la brillance des bulles de savon, la minceur dure d’une
substance plus entomologique que minérale (l’insigne Citroën,
l’insigne fléché, est devenu d’ailleurs insigne ailé, comme si
l’on passait maintenant d’un ordre de la propulsion à un ordre
du mouvement, d’un ordre du moteur à un ordre de l’organisme).
Il s’agit donc d’un
art humanisé, et il se peut que la Déesse marque un changement dans
la mythologie automobile. Jusqu’à présent, la voiture superlative
tenait plutôt du bestiaire de la puissance; elle devient ici à la
fois plus spirituelle et plus objective, et malgré certaines
complaisances néomaniaques (comme le volant vide), la voici plus
ménagère, mieux accordée à cette sublimation de l’ustensilité
que l’on retrouve dans nos arts ménagers contemporains: le tableau
de bord ressemble davantage à l’établi d’une cuisine moderne
qu’à la centrale d’une usine: les minces volets de tôle mate,
ondulée, les petits leviers à boule blanche, les voyants très
simples, la discrétion même de la nickelerie, tout cela signifie
une sorte de contrôle exercé sur le mouvement, conçu désormais
comme confort plus que comme performance. On passe visiblement d’une
alchimie de la vitesse à une gourmandise de la conduite.
Il semble que le public
ait admirablement deviné la nouveauté des thèmes qu’on lui
propose: d’abord sensible au néologisme (toute une campagne de
presse le tenait en alerte depuis des années), il s’efforce très
vite de réintégrer une conduite d’adaptation et d’ustensilité
(« Faut s’y habituer »). Dans les halls d’exposition, la
voiture témoin est visitée avec une application intense, amoureuse:
c’est la grande phase tactile de la découverte, le moment où le
merveilleux visuel va subir l’assaut raisonnant du toucher (car le
toucher est le plus démystificateur de tous les sens, au contraire
de la vue, qui est le plus magique): les tôles, les joints sont
touchés, les rembourrages palpés, les sièges essayés, les portes
caressées, les coussins pelotés; devant le volant, on mime la
conduite avec tout le corps. L’objet est ici totalement prostitué,
approprié: partie du ciel de Metropolis, la Déesse est en un quart
d’heure médiatisée, accomplissant dans cet exorcisme, le
mouvement même de la promotion petite-bourgeoise.
Roland Barthes, 1957,
dans «Mythologies , extrait des Œuvres complètes I, Editions du
Seuil.
lundi 23 juin 2014
"les rêves s'étaient changés soudain en un enfer"
Ce fut par une lugubre nuit de novembre que je contemplai mon
œuvre terminée. Dans une anxiété proche de l’agonie, je rassemblai autour de
moi les instruments qui devaient me permettre de faire passer l’étincelle de la
vie dans la créature inerte étendue à mes pieds. Il était déjà une heure du
matin ; une pluie funèbre martelait les vitres et ma bougie était presque
consumée, lorsque à la lueur de cette lumière à demi éteinte, je vis s’ouvrir
l’œil jaune et terne de cet être ; sa respiration pénible commença, et un
mouvement convulsif agita ses membres.
Comment décrire mes émotions en présence de cette
catastrophe, ou dessiner le malheureux qu’avec un labeur et des soins si
infinis je m’étais forcé de former ? Ses membres étaient proportionnés entre
eux, et j’avais choisi ses traits pour leur beauté. Pour leur beauté ! Grand
Dieu ! Sa peau jaune couvrait à peine le tissu des muscles et des artères ; ses
cheveux étaient d’un noir brillant, et abondants ; ses dents d’une blancheur de
nacre ; mais ces merveilles ne produisaient qu’un contraste plus horrible avec
les yeux transparents, qui semblaient presque de la même couleur que les
orbites d’un blanc terne qui les encadraient, que son teint parcheminé et ses
lèvres droites et noires.
Les accidents variés de la vie ne sont pas aussi sujets au
changement que les sentiments humains. Depuis près de deux ans, j’avais
travaillé sans relâche dans le seul but de communiquer la vie à un corps
inanimé. Je m’étais privé de repos et d’hygiène. Mon désir avait été d’une
ardeur immodérée, et maintenant qu’il se trouvait réalisé, la beauté du rêve
s’évanouissait, une horreur et un dégoût sans bornes m’emplissaient l’âme.
Incapable de supporter la vue de l’être que j’avais créé, je me précipitai hors
de la pièce, et restai longtemps dans le même état d’esprit dans ma chambre,
sans pouvoir goûter de sommeil. La lassitude finit par succéder à l’agitation
dont j’avais auparavant souffert, et je me précipitai tout habillé sur mon lit,
essayant de trouver un instant d’oubli. Mais ce fut en vain : je dormis, il est
vrai, mais d’un sommeil troublé par les rêves les plus terribles. Je croyais
voir Elizabeth, dans la fleur de sa santé, passer dans les rues d’Ingolstadt.
Délicieusement surpris, je l’embrassais ; mais à mon premier baiser sur ses
lèvres, elles revêtaient la lividité de la mort ; ses traits paraissaient
changer, et il me semblait tenir en mes bras le corps de ma mère morte ; un
linceul l’enveloppait, et je vis les vers du tombeau ramper dans les plis du
linceul. Je tressaillis et m’éveillai dans l’horreur ; une sueur froide me
couvrait le front, mes dents claquaient, tous mes membres étaient convulsés :
c’est alors qu’à la lumière incertaine et jaunâtre de la lune traversant les
persiennes de ma fenêtre, j’aperçus le malheureux, le misérable monstre que
j’avais créé. Il soulevait le rideau du lit ; et ses yeux, s’il est permis de
les appeler ainsi, étaient fixés sur moi. Ses mâchoires s’ouvraient, et il marmottait
des sons inarticulés, en même temps qu’une grimace ridait ses joues. Peut-être
parla-t-il, mais je n’entendis rien ; l’une de ses mains était tendue,
apparemment pour me retenir, mais je m’échappai et me précipitai en bas. Je me
réfugiai dans la cour de la maison que j’habitais, et j’y restai tout le reste
de la nuit, faisant les cent pas dans l’agitation la plus grande, écoutant
attentivement, guettant et craignant chaque son, comme s’il devait m’annoncer
l’approche du cadavre démoniaque à qui j’avais donné la vie de façon si
misérable.
Ah ! Aucun mortel ne pourrait supporter la vue de ce visage
horrible. Une momie à qui le mouvement a été rendu ne saurait être aussi
hideuse. Je l’avais contemplé avant qu’il fût achevé ; il était laid, sans
doute ; mais quand ses muscles et ses articulations purent se mouvoir, cela
devint une chose telle que Dante lui-même n’aurait pu la concevoir.
Ma nuit fut lamentable. Tantôt, mon pouls battait si vite et
si fort que je sentais palpiter chaque artère ; tantôt, je me laissai presque
glisser jusqu’au sol dans ma langueur et ma faiblesse extrême. Mêlée à cette
horreur, je ressentais l’amertume de la déception ; les rêves qui, depuis si
longtemps, m’avaient tenu lieu de nourriture et des douceurs du repos,
s’étaient changés soudain en un enfer ; et quelle n’avait pas été la rapidité
du changement ! Combien complète n’était pas ma désillusion !
Mary Shelley, Frankenstein, 1831.
"notre bonheur est de les forcer à être heureux"
Eugène Zamiatine, Nous autres, 1920
NOTE 1
Je ne fais que transcrire, mot
pour mot, ce que publie ce matin le Journal national :
La construction de l’Intégral sera achevée dans 120 jours. Une grande
date historique est proche : celle où le premier Intégral prendra son vol dans
les espaces infinis. Il y a mille ans que nos héroïques ancêtres ont réduit
toute la sphère terrestre au pouvoir de l’État Unique, un exploit plus glorieux
encore nous attend : l’intégration des immensités de l’univers par l’Intégral,
formidable appareil électrique en verre et crachant le feu. Il nous appartient
de soumettre au joug bienfaisant de la raison tous les êtres inconnus,
habitants d’autres planètes, qui se trouvent peut-être encore à l’état sauvage
de la liberté. S’ils ne comprennent pas que nous leur apportons le bonheur
mathématique et exact, notre devoir est de les forcer à être heureux. Mais
avant toutes autres armes, nous emploierons celle du Verbe.
Au nom du Bienfaiteur, ce qui suit est annoncé aux numéros de l’État
Unique :
Tous ceux qui s’en sentent capables sont tenus de composer des traités,
des poèmes, des proclamations, des manifestes, des odes, etc., pour célébrer
les beautés et la grandeur de l’État Unique.
Ce sera la première charge que transportera l’Intégral.
Vive l’État Unique. Vive les numéros. Vive le Bienfaiteur !
J’écris ceci les joues en feu.
Oui, il s’agit d’intégrer la grandiose équation de l’univers ; il s’agit de
dénouer la courbe sauvage, de la redresser suivant une tangente, suivant
l’asymptote, suivant une droite. Et ce, parce que la ligne de l’État Unique,
c’est la droite. La droite est grande, précise, sage, c’est la plus sage des
lignes.
Moi, D-503, le constructeur de
l’Intégral, je ne suis qu’un des mathématiciens de l’État Unique. Ma plume,
habituée aux chiffres, ne peut fixer la musique des assonances et des rythmes.
Je m’efforcerai d’écrire ce que je vois, ce que je pense, ou, plus exactement,
ce que nous autres nous pensons (précisément : nous autres, et NOUS AUTRES sera
le titre de mes notes). Ces notes seront un produit de notre vie, de la vie
mathématiquement parfaite de l’État Unique. S’il en est ainsi, ne seront-elles
pas un poème par elles-mêmes, et ce malgré moi ? Je n’en doute pas, j’en suis
sûr.
J’écris ceci les joues en feu. Ce
que j’éprouve est sans doute comparable à ce qu’éprouve une femme lorsque, pour
la première fois, elle perçoit en elle les pulsations d’un être nouveau, encore
chétif et aveugle. C’est moi et en même temps ce n’est pas moi. Il faudra
encore nourrir cette œuvre de ma sève et de mon sang pendant de longues
semaines pour, ensuite, m’en séparer avec douleur et la déposer aux pieds de
l’État Unique.
Mais je suis prêt, comme chacun,
ou plutôt comme presque chacun d’entre nous. Je suis prêt.
10 révolutions qui vont changer notre vie
Les 10 révolutions qui
vont changer notre vie
Le Figaro magazine, publié le
08/02/2013, par C. Doré
La nouvelle a fait le tour de la
planète. Mais qui s'en souvient? C'était le 20 mai 2010. Craig Venter,
scientifique américain iconoclaste, annonçait une nouvelle incroyable dans la
revue de référence Science. Il venait de créer la première cellule synthétique.
La Terre abritait dorénavant un organisme vivant d'un genre nouveau, créé par
l'homme et non issu de l'évolution des espèces.
A l'instar de Craig Venter,
scientifiques et ingénieurs s'appliquent très sérieusement à changer le monde
en fabriquant de nouveaux aliments ou des cœurs bioélectroniques, des avions
pour visiter l'espace et des maisons sous-marines, des vitres produisant de
l'électricité ou des robots domestiques.
On croit voguer en pleine
science-fiction, mais ces innovations en devenir n'ont rien d'élucubrations
d'hurluberlus échappés de l'asile. Beaucoup d'entre elles vont indéniablement
chambouler notre quotidien, améliorer notre santé, étoffer la gamme de nos
loisirs et modifier notre façon de travailler.
Une découverte fondamentale,
celle du Pr Shinya Yamanaka, qui a reçu le prix Nobel de médecine en 2012,
aura, par exemple, des répercussions considérables dans les prochaines années:
d'une cellule adulte différenciée - une cellule de peau par exemple -, le Pr
Yamanaka a fait une cellule souche, similaire à celles que l'on trouve au stade
embryonnaire. Non seulement il n'est plus nécessaire de travailler sur des
embryons humains, ce qui posait des problèmes d'éthique, mais sa découverte
ouvre la porte à toutes les «reprogrammations» de cellule possibles.
Il en va de même des
nanotechnologies, c'est-à-dire de toutes les technologies qui développent des
propriétés spécifiques à l'échelle du nanomètre. Elles vont permettre
d'étranges miracles: construire, améliorer ou réparer quasiment tout, d'un
vêtement à un immeuble et même au corps humain. Des milliards d'euros sont injectés
dans les nanotechnologies développées aujourd'hui aussi bien en biologie, en
chimie, en optique qu'en électronique. C'est du sérieux donc. Concrètement,
qu'est-ce que cela va changer? L'émergence de nouveaux objets, de nouvelles
énergies, de nouveaux modes de production… Demain, nos vêtements seront
capables d'analyser notre état physique (qualité musculaire, fièvre…) ou de
produire de l'électricité avec la chaleur du corps grâce à des nanotubes de
carbone.
Et tout cela va très vite.
Récompensés en 2010 par un prix Nobel de physique, les inventeurs du graphène,
surnommé le «matériau miracle», voient déjà des applications concrètes à leur
découverte, comme des écrans souples hyper résistants. Selon le prix Nobel
français Albert Fert, le graphène va imposer une révolution dans
l'informatique. Allié à la spintronique, il ouvre la voie à des ordinateurs
quantiques surpuissants de la taille d'une puce. Cette mutation est déjà en
marche, elle aussi. Elle concernera tous les outils nés de la révolution
informatique, ordinateurs, smartphones ou tablettes qui ont conquis notre
quotidien... En moins d'une génération.
1 - MÉDECINE: la bio-révolution
Fin d'Alzheimer, «biorobot»
contre le cancer, sang artificiel… La nouvelle médecine repousse les limites.
D'ici à quelques années, nous connaîtrons beaucoup mieux notre génome. Certains
tests existent déjà. Ils permettent de détecter les prédispositions à certaines
maladies. Mais on ira plus loin. Un dépistage génétique et régulier des cancers
se fera par simple prise de sang. Des expérimentations réussies ont déjà eu
lieu en laboratoire. Des plates-formes portables vont permettre à chacun
d'entre nous de diagnostiquer une quinzaine de pathologies (diabète, pneumonie,
déficit en calcium, apnée du sommeil, etc.).
La connaissance des fragilités
génétiques des patients va permettre non seulement d'anticiper les risques de
maladies, mais aussi d'intervenir pour corriger ou remplacer ce qui ne
fonctionne pas ou serait susceptible de ne plus fonctionner dans chacun de nos
organismes. Et on ne parle pas ici de médecine fiction: des scientifiques
savent déjà fabriquer de la peau à partir de cellules modifiées. Le Pr Wayne
Morrison, de Melbourne, a reconstruit un muscle cardiaque avec des cellules
souches embryonnaires. Le Pr Douay, à Paris, s'applique à fabriquer du sang
artificiel, et une équipe américaine a redonné la vue à une souris aveugle,
grâce à une rétine artificielle qu'elle espère tester prochainement sur
l'homme. D'autres équipes réalisent des essais cliniques à partir de cellules
souches pour traiter des maladies orphelines, des lésions de la moelle épinière
ou des pathologies cardio-vasculaires. Mais les difficultés techniques ne sont
pas à minimiser: elles peuvent ajouter parfois cinq à dix ans d'attente avant
d'espérer une application généralisée.
«Pour la santé et la lutte contre le
vieillissement, les enjeux sont pleins d'espérance», se félicite le futurologue
Joël de Rosnay. Cette nouvelle médecine
aura des conséquences sociales, économiques et politiques bien plus
vertigineuses que l'éventualité de repousser ou pas le départ à la retraite de
quelques années. Sans parler d'immortalité, la longévité va continuer à
s'accroître. C'est ce qu'il va falloir apprendre à gérer.
2 - TRANSPORT: prochain arrêt,
l'espace
Par les hublots posés sur le toit
du jet, les quatre passagers admirent le ciel. L'avion spatial de la société
française Astrium a atteint l'altitude de douze kilomètres en une demi-heure.
Confortablement installés dans les sièges-coques fixés à un système pendulaire
et imaginés par le concepteur australien Marc Newson, ces voyageurs d'un
nouveau genre vérifient une dernière fois leur casque. Dans quelques secondes,
les deux moteurs à réaction du jet de 20 tonnes vont s'effacer devant le
puissant moteur-fusée inspiré de la technologie Vulcain, le moteur d'Ariane 5.
Subitement, l'avion se cabre. Commencent 90 secondes d'ascension verticale à
3000 km/h. La poussée est vertigineuse mais parfaitement supportable pour une
personne en bonne santé. Les passagers prennent alors conscience du caractère
exceptionnel du voyage qu'ils viennent d'entreprendre.
A soixante kilomètres à la
verticale de la Terre, le moteur-fusée s'arrête. Le Jet Astrium glisse alors
jusqu'à cent kilomètres d'altitude en profitant de sa poussée. Les passagers
respirent, se détachent, testent leur aptitude à se déplacer en apesanteur,
comme à l'entraînement. A travers la quinzaine de hublots qui percent le
fuselage de l'avion spatial, le spectacle est sublime: la planète bleue glisse
lentement pour leur dévoiler toute la diversité de ses océans et de ses
continents. Un spectacle d'une poignée de minutes qui les marquera pour le
reste de leur vie. Moyennant 200 000 euros pour chacun d'entre eux, tout de
même.
L'avion de l'espace d'Astrium,
filiale d'EADS, n'est pas le seul avion spatial en chantier aujourd'hui.. Ces
projets, petits-enfants de la navette spatiale américaine, préfigurent deux
évolutions majeures qui vont s'imposer dans les prochaines décennies. D'abord
l'émergence d'un tourisme spatial, dont les premiers vols grand public sont
attendus très prochainement (fin 2013-2014). Ensuite, dans une dizaine d'années
minimum, la création de lignes commerciales ultrarapides entre quelques grandes
cités de la planète, grâce à des vols suborbitaux filant à plus de 4 000 km/h.
Ils mettront New York à une heure de Paris, Tokyo à deux heures... Dans ces
«super Concorde», le prix des places sera aussi dans l'esprit du style de
transport: astronomique!
3 - ÉNERGIE: le solaire brille
toujours
En copiant la photosynthèse, des
nouvelles cellules solaires vont produire de l'électricité sans ensoleillement
direct.
Quand il réfléchit en se frottant
le crâne, il a l'allure d'un adolescent. En janvier dernier, devant un parterre
de 200 chercheurs réunis au sommet mondial des jeunes scientifiques de
Singapour, Michael Grätzel était pourtant parfaitement crédible. Directeur du
laboratoire de photonique à l'Ecole polytechnique de Lausanne, ce spécialiste
de l'énergie solaire a reçu il y a deux ans le Millenium Technology Prize, un
prix prestigieux remis à des inventeurs qui reçoivent au passage 800.000 euros
pour poursuivre leurs travaux. Michael Grätzel a été récompensé pour une
cellule solaire qui a l'avantage de produire de l'énergie grâce à un colorant
naturel, en s'inspirant des propriétés de la photosynthèse. Elle coûte deux
fois moins cher qu'une cellule photovoltaïque au silicium classique, s'intègre
à des supports souples, peut être colorée et produit de l'énergie même sans
ensoleillement direct. Autant dire que cette innovation donne un sérieux coup
de vieux aux panneaux photovoltaïques compliqués à fabriquer, à installer, à
recycler…
Michael Grätzel n'est pas un doux rêveur. «La
tâche la plus dure, c'est de développer des méthodes de production rentables»,
reconnaît le chercheur. Il a fallu douze ans pour faire de la «cellule Grätzel»
un produit commercialisable! Mais l'énergie solaire, intarissable, reste une
grande espérance des scientifiques.
A l'image de la cellule Grätzel,
toute une génération de cellules photo-organiques est en train de naître.
Récemment, une équipe de l'université de Californie a proposé des cellules
biomimétiques (s'inspirant de phénomènes naturels) totalement transparentes.
Leur taux de conversion de la lumière en électricité est encore faible, mais
l'argument des chercheurs se tient: posées sur des vitres de maisons, de
voitures et de trains, d'ordinateurs ou de téléphones portables, ces cellules
vont répondre à nos usages quotidiens. Elles absorberont d'abord 10 % de notre
consommation courante puis de plus en plus au fur et mesure de leur
perfectionnement. Cette révolution discrète devrait nous emmener, dans trente
ans et si on s'en donne les moyens, à une couverture quasi globale de nos
besoins domestiques en électricité. C'est en tout cas ce que concluait Michael
Grätzel, à Singapour, en janvier dernier, avant d'être applaudi longuement par
les jeunes chercheurs qui l'écoutaient… Manifestement convaincus.
changer la vie.. le pouvoir de l'imagination
BTS BLANC
n°2 / juin 2014
THEME 1
La part de rêve que
chacun porte en soi…
SYNTHESE (20 points)
CHANGER LA VIE :
LE POUVOIR DE L’IMAGINATION
- C. Doré,
« Les 10 révolutions qui vont changer notre vie », Le Figaro Magazine, 2013.
- Mary
Shelley, « Les rêves s’étaient changés en un enfer », Frankenstein ou Le Prométhée moderne ,
chapitre 5, 1831.
- E.
Zamiatine, « Notre devoir est de les forcer à être heureux », Nous Autres,
1920.
- J. F.
Dortier, « Nous sommes tous des créateurs », Sciences Humaines, 2010.
Introduction
complète, 4 points
Développement
(sans juxtaposition ou succession de commentaires), 14 points
Conclusion
(un bilan) : 1 point
ESSAI (10 points)
La part de rêve que
chacun porte en soi est-elle une source d’évasion ou de création ?
Introduction :
2 points (problématique et annonce)
Développement
apportant un point de vue personnel : 7 points
Bilan
personnel et/ou ouverture : 1 point
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