jeudi 13 juin 2013

la révolution numérique en 20 notions ?


CGE / sessions 2013 & 2014
Paroles, échanges, conversations et révolution numérique
les mots et les images du BTS

notions
test / juin 2013



1 - Web 2. 0
2 - fact-checkers
3 - data journalism
4 - numératie / littératie
5 - pure player
6 - économie de l'attention
7 - hacktiviste
8 - infobésité
9 - neutralité de l'internet
10 - nétiquette
11 - auto-régulation
12 - gouvernance
13 - technophile / technophobe
14 - troll
15 - wiki
16 – sérendipité
17 – paradigme
18 - hétéronymat
19 - e-réputation
20 – village global

> 10 questions transversales seront posées sur ces 20 notions

+n'oubliez pas l'essai : « et si la révolution numérique n'était qu'un slogan ? »

mercredi 20 mars 2013

révolution numérique et "panique morale" : une introduction pour la synthèse


SYNTHESE / REVOLUTION NUMERIQUE ET PANIQUE MORALE

EXEMPLE DE REDACTION DE L’INTRODUCTION Version préparée

Slogan, thème d’étude pour les sociologues contemporains ou réalité qui s’impose à tous (=accroche), la révolution numérique peut être décrite comme

le processus qui bouleverse, transgresse, subvertit et parfois dépasse / transcende les dichotomies classiques de la communication : écrit/oral, privé/public, proximité/distance, etc. (= définition)

Ce processus suscite des réactions très variées, à tel point que des spécialistes américains cités récemment par Internet Actu (= le dossier, ses sources, la précision de la référence

évoquent une « panique morale » (= le titre du dossier, son centre, la notion principale).

Il convient donc d’en préciser la portée et de la rationaliser (= analyse et problématisation) comme l’annonce Xavier de la Porte, l’animateur de ce site (= le document de référence). 

Ses effets s’observent dans le monde des médias et le cercle familial caricaturés par le dessinateur Bastien Vivés, mais également en pleine cour d’assises, où deux magistrats très impliqués dans la communication numérique échangeant des tweets sarcastiques ont été démasqués et dénoncés par un journaliste se revendiquant technophobe. (= préciser les points de vue et les statuts)

Ce clivage entre technophobes et technophiles, analysé par F. B. Huyghe dans son blog consacré à la médiologie sera d’ailleurs le fil conducteur de cette synthèse. 

Ainsi, après avoir précisé les points de vue des deux camps (= 1ere & 2eme partie), nous verrons dans quelle mesure cette « panique morale » est justifiée (= 3eme partie) (= annonce de plan).

  • Un plan dialectique

  • Une opposition manichéenne

  • Comment la dépasser ?

  • Le dossier est hiérarchisé ; les sources sont mises en perspective

mercredi 27 février 2013

révolution numérique : l'éducation en question ? Un vieux projet...

La pédagogie en l'an 2000, telle qu'on la rêvait en 1900...

une "panique morale" ? "la folie sur Twitter..." (Bastien Vivès)



une "panique morale" ? un effort de rationalisation


18 janvier 2013 
              
Les règles de la panique morale technologique

La lecture de la semaine provient du magazine américain Wired (@wired) et de son chroniqueur Clive Thomson (@pomeranian99). Son titre, "les règles de la panique".

"Quiconque s'intéresse à l'actualité le sait, commence Thompson, il y a souvent un effet collatéral aux nouvelles technologies : la panique morale. Facebook engendre le narcissisme ! Ecrire des textos nous rend analphabètes. Ce qui est drôle, c'est que d'autres technologies ne provoquent rien de cet ordre. Prenez Square, par exemple, qui permet à chacun de payer par carte de crédit... Il est en train de devenir un outil mainstream, bouleverse le fonctionnement du petit commerce et la manière dont des amis partagent une addition dans un bar, mais ne provoque pas grand discours. Quelle différence ? Pourquoi certaines technologies nous font-elles peur et pourquoi d'autres provoquent-elles l'indifférence ?

Genevieve Bell (Wikipédia) pense avoir la réponse. Elle est directrice de recherche chez Intel et étudie depuis longtemps la manière dont les gens intègrent les nouvelles technologies dans leur vie quotidienne. Dans un entretien donné en 2011 au blog techno du Wall Street Journal, elle a proposé une théorie intéressante. Pour provoquer une panique morale, une technologie doit obéir à trois règles.

1. Elle doit changer notre rapport au temps.
2. Elle doit changer notre rapport à l'espace.
3. Elle doit changer notre relation aux autres.

Prises une à une, ces transformations peuvent être inquiétantes, mais  si les trois sont réunies, c'est la  panique !

"Combien de fois avons-nous entendu dire que c'était la fin de petite ville américaine, que c'était la fin de la famille, que la jeunesse  d'aujourd'hui  avait changé ?" demande  Bell. Le cycle est très long. Et il a sans doute débuté il y a environ 2 500 ans, quand le monde de l'écrit a commencé à décrocher la connaissance de l'espace  et du temps et a offert d'autres possibilités pour les gens de s'adresser les uns aux autres. Cela satisfaisait  aux trois règles précédemment citées et paniqua donc Socrate, qui s'inquiéta de ce que l'écrit allait détruire la mémoire et l'art de l'argumentation. Mais Socrate n'avait rien vu. Car les 100 années qui viennent de s'écouler ont été un flux presque continu d'innovations et de moments de panique. Prenez le téléphone, qui nous a soudain permis de joindre presque tout le monde, partout, à n'importe quel moment. Comme une annonce aux peurs déclenchées par les médias sociaux d'aujourd'hui, des experts ont prédit à l'époque que le téléphone tuerait la communication en face à face. Mark Twain se moquait de la prétendue frivolité des conversations téléphoniques entre femmes (à propos des femmes, précise Thompson , Genevieve Bell explique qu'on peut-être sûr qu'une panique morale va se déclencher quand les critiques commencent à s'inquiéter de l'impact d'une technologie sur les femmes et la fragile jeunesse).

Mais les technologies qui n'affectaient pas ces trois choses n'ont guère déclenché de protestation. Le fax par exemple. Il a affecté l'espace et le temps, mais pas les relations sociales. Et je pense, dit Thompson , qu'il a va de même pour Square. Cela dit, ajoute Thompson, cela ne revient pas à dire que les paniques sont toujours injustifiées. Des réseaux sociaux centralisés sont un vrai problème en termes de vie privée ; la cyberprédation, même rare, existe. Mais le vrai problème de ceux qui répandent la panique est leur conviction que toute ère technologique révolue était l'âge d'or de la civilité et de la contemplation. Or, c'est faux. Et de façon très marrante, beaucoup aujourd'hui chantent les louanges d'outils qu'ils dénonçaient naguère - comme cette plainte contemporaine que l'internet tue cette interaction tellement pleine d'émotion qu'était le coup de téléphone.

Voici la part utile de tout ça : on peut se servir des lois de Bell pour déduire quels outils vont provoquer l'angoisse. Par exemple, dit Thompson, je fais l'hypothèse que la géolocalisation, la lecture sociale et l'Internet des objets - des objets qui vont interagir avec nous et entre eux -, provoqueront tous des effets de panique. Ils affectent notre rapport au temps, à l'espace et à autrui. Ils arrivent même à me stresser un peu, quand j'imagine comment gouvernement et entreprise pourraient en abuser. Mais je me calme en étant convaincu  que, comme toutes les Cassandre du passé,  j'ai tort de paniquer."

Xavier de la Porte

une panique morale ? le point de vue des technophiles et des technophobes


Technophilie  et  technophobie

Technophiles et technophobes s’opposent sur relations entre monde réel et monde virtuel au XXI° siècle comme se déchiraient dans la Byzance du VIII° siècle, iconoclastes et iconodules qui disputaient du rapport entre le monde divin et de ses représentations imagées.

Les technophiles pensent la technologie déterminante en dernière instance : sur elle, devront se modeler mentalités et institutions. C’est une force nécessairement libératrice : les anciennes limitations que nous imposaient nos capacités physiques, mentales ou sociales seront dépassées.

Pour ses partisans, la technique  va prolonger les capacités de nos sens et de nos esprits, nous affranchir de la nécessité. Sur l’air du “demain on pourra...” : demain on pourra communiquer plus vite, accéder instantanément à l’objet de son désir, explorer toutes les archives, échapper à toutes les censures, réunir tous les cerveaux, se dispenser de toutes les pesanteurs de la matière. Ce projet trouve sa forme dans une société de l’information technicienne et libertaire à la fois. Face à eux, les catastrophistes pensent en termes de perte : perte d’humanité au profit de la raison instrumentale, perte de distance critique au bénéfice de la fascination, perte d’identité dans un monde de virtualité, perte de la réalité remplacée par le spectacle, perte de la liberté soumise aux logiques techniques, perte de l’écrit vaincu par l’écran...

Le technophile, certain d’être dans le sens de l’histoire, ignore généralement les objections, qu’il attribue à l’ignorance, ou à une mentalité archaïque. Débordant de bonne volonté pédagogique, il ne manque pas de faire remarquer à son contradicteur qu’il a tout loisir de s’exprimer voire de créer des communautés virtuelles de technophobes cyber-ronchons. Il argue  que le cybermonde accueillera tout, y compris son discours critique Il croit fermement que tout cohabitera avec tout et que le mouvement d’expansion se poursuivra. Il conçoit le refus des nouvelles technologies comme une affaire de goût ou de culture, une tendance relativement négligeable et condamnée à long terme. L’utopiste, habité d’un esprit volontiers messianique, tente de faire partager l’enthousiasme que lui inspire toute nouvelle croissance du réseau ou toute annonce d’une innovation technologique.

Le catastrophiste, lui, raisonne en termes de lutte et s’imagine en résistant au Système. Il dénonce une idéologie adverse dont il combat l’inauthenticité. Car, s’il craint la perte de notre autonomie ou de nos capacités, le catastrophiste en attribue une large part de responsabilité au discours adverse. Il l’analyse souvent comme un langage de pouvoir, destiné à dissimuler des rapports de force et d’intérêt particuliers sous forme d’un projet universel.

Technophobie

Ce mot récent désigne une peur de la technologie (ici prise non au sens de « l’étude des techniques » mais de l’ensemble de ces techniques, en particulier les NTIC). Technophobie est souvent utilisé trivialement pour moquer ceux qui sont incapables de se servir de leur ordinateur, ou développent des craintes irrationnelles à propos d’Internet. En fait il y a plusieurs degrés dans cette « aversion ».. L’une se signale par:l’incapacité ou le choix de ne pas utiliser les NTIC dans sa vie. À ce stade, il s’agit d’un trait de caractère ou de comportement reflétant la subjectivité d’un individu qui surfe ou pas sur Internet, préfère ou pas écrire à la main…

Une seconde forme de technophobie porte un jugement général sur l’utilité des NTIC, surtout Internet en particulier ; Certains, par exemple, insistent sur les dangers de la Toile – risque d’escroquerie, prolifération de la pornographie ou des discours extrémistes, possibilité de pannes en chaîne, d’espionnage de la vie privée… Ou encore seraient technophobes – à tort ou à raison – ceux qui se montrent sceptiques sur toutes les merveilles qu’espèrent les « technophiles », confiants en l’avènement de la société de l’information : gains de productivité, nouvelle économie, disponibilité du savoir, émergence d’une cyberdémocratie dans le « village global », nouvelles possibilités d’expression et de culture. Cette technophobie-là relève d’une certaine évaluation des bienfaits ou de méfaits de développements futurs de la technique et de leurs conséquences sociales, politiques… La différence entre « pour » et « contre » porte sur la vraisemblance d’événements auxquels tous deux portent globalement le même jugement.

Resterait alors à définir une technophobie « de principe » : celle qui rejette la notion même d’une progression des techniques. Répondraient à cette définition l’attitude de certains écologistes qui condamnent comme manifestation d’une avidité inutile toute action de l’homme pour accroître ses pouvoirs.

D’autres dénoncent dans les nouvelles technologies non pas un accroissement de nos capacités mais un asservissement ou une aliénation. Ils s’en prennent au caractère inauthentique du monde des réseaux : fausse égalité, fausse démocratie, faux savoir, faux rapport avec les autres, bref fausses promesses  et vraie aliénation. Manifestant par là la nostalgie de ce qu’ils croient perdre: l’expérience commune de la durée et de ses rythmes, celle du territoire qui permettait à chacun de se situer entre proche et lointain, celle de la mémoire partagée, celle de l’identité à l’heure des avatars cybernétiques,  des communautés virtuelles et des choix de vie changeants…

À certains égards, la querelle des technophiles et des technophobes rappelle des querelles plus anciennes : pour ou contre l’image dans les religions monothéistes, pour ou contre le théâtre au XVIII°siècle  (la querelle  du spectacle), pour ou contre les mass media au XX°…

F. B. Huyghe, 6/12/2012, La médiologie

mercredi 13 février 2013

synthèse : révolution numérique et panique morale.



apleguelte@aureis.fr
Théme : Parole, conversation, échanges et révolution numérique


Synthèse (20 points)

Révolution numérique et panique morale


corpus 


        F. Joannes, « Quand deux magistrats plaisantent sur Twitter pendant une audience de cour d'assises », le Monde, 28/11/2012

        F. B. Huyghe, « Technophilie  et  technophobie », sur son blog : La médiologie, 6/12/2012

        X. de La Porte, « Les règles de la panique morale technologique », Internet actu, 18.01/2013

        Bastien Vivès, « La vie numérique dans tous ses états », Télérama, 12/11/ 2012


1. analyser a priori (sans lire les documents) le corpus proposé
2. établir un tableau synoptique qui tienne compte de tous les points de vue
3. proposer un plan (vraiment) détaillé de la synthèse, qui tienne compte de tous les points de vue et de toutes les sources
4.           rédiger l'introduction complète

le monde d'avant internet ?

Douglas Coupland, Toronto, 2013....

lundi 7 janvier 2013

déconnexion : pourquoi "nous ne serons plus jamais déconnectés"...


Nous ne serons plus jamais déconnectés…

Par Hubert Guillaud le 04/09/12

Jenna Wortham (@jennydeluxe) pour le New York Times a commis un de ces papiers faciles sur les vertus de la déconnexion à l’heure d’un monde toujours plus connecté. Alors qu’elle se rendait à la piscine, elle a été invitée à déposer son téléphone et a pu profiter pleinement de sa journée, sans avoir à consulter avec anxiété ses comptes Facebook et Twitter pour regarder ce que ses amis faisaient. La peur de manquer quelque chose (Fomo, pour Fear of Missing Out) que décrivait Caterina Fake, cofondatrice de Flickr, s’évaporait quelques instants. Notre connexion permanente aux médias sociaux nous rend plus attentifs à ce que l’on rate et vous donne le faux sentiment de participer à ce que font les autres par leur intermédiaire, estime Caterina. Mais ce n’est pas une peur, c’est un plaisir, lui répondait l’entrepreneur Anil Dash en évoquant la joie de manquer quelque chose (Jomo pour Joy of Missing Out). 

Si beaucoup de gens se retrouvent dans le besoin d’être déconnecté de leurs appareils pour mieux se concentrer sur l’instant présent, nombre d’entre eux décrivent aussi la difficulté qu’ils éprouvent à résister à l’appel des médias sociaux, explique encore Jenna Wortham. Pas tous. Nathan Jurgenson (@nathanjurgenson), étudiant en sociologie à l’université du Maryland dénonce sur The New Inquiry le fétichisme IRL

“L’infiltration en profondeur de l’information numérique dans nos vies a créé une ferveur autour de la supposée perte de déconnexion correspondante de la vie réelle. Chaque moment est sursaturé de potentiel numérique (…). Les pensées, les idées, les lieux, les photos, les identités, les amitiés, les souvenirs, la politique et quasiment tout le reste ont trouvé son chemin vers les médias sociaux. La puissance du social ne repose pas seulement sur le temps que nous passons sur nos applications, ni sur les données que les médias à but lucratif collectent, mais sur la logique que ces sites creusent profondément dans nos consciences. Les téléphones et les médias sociaux symbiotiques nous donnent un surplus d’options pour dire la vérité sur ce que nous sommes et ce que nous faisons et une audience pour tout cela (…). Twitter est nos lèvres et Instagram nos yeux. Les médias sociaux font partie de nous-mêmes et le code source de Facebook devient notre propre code.”

“Comme on pouvait s’y attendre, cette intrusion a créé un choc en retour. Les critiques se plaignent que les gens, notamment les plus jeunes, sont sans cesse en train de se connecter et de se consulter. (…) Au lieu d’être présents à la table du dîner, ils sont perdus dans leurs téléphones. Auteurs après auteurs, tous se lamentent de la perte du sentiment de déconnexion, de l’ennui, de la paix sensorielle à l’âge de la connexion permanente à l’information, des écrans lumineux omniprésents et de l’autodocumentation quasi constante.”
Pour Nathan Jurgenson, nous sommes devenus obsédés par la déconnexion. “Nous n’avons jamais apprécié une promenade solitaire, un voyage en camping, une conversation en face à face avec nos amis ou notre ennui mieux que nous ne le faisons maintenant. Rien n’a plus contribué a notre appréciation collective de la déconnexion que les technologies de la connexion. La facilité de la distraction numérique nous a fait apprécier la solitude avec une nouvelle intensité. Nous savourons beaucoup plus le face à face avec un groupe d’amis ou en famille dans un moment et un temps donné grâce à la sociabilité numérique qui réarrangent d’une manière si fluide les règles du temps et de l’espace. Nous n’avons jamais autant chéri la solitude, la valeur de l’introspection et la déconnexion à l’information que nous ne le faisons maintenant. (…) L’obsession actuelle pour l’analogique, le vintage, le rétro a tout a voir avec cette fétichisation de la déconnexion.”

“Notre immense autosatisfaction pour la déconnexion est nouvelle. Comme nous sommes fiers de nous-mêmes de lutter contre l’étendue qu’ont pris les technologies mobiles et sociales. Notre nouvel hobby est de nous taper dans le dos pour montrer que nous pouvons nous passer de Facebook. Les gens se vantent de ne pas avoir de profil. (…). Comment en sommes-nous arrivés à faire l’erreur de faire collectivement le deuil de la perte de ce qui prolifère ?”

“La raison est que nous avons appris à tort que ne pas être en ligne signifie être déconnecté. Autrement dit, la déconnexion avec nos téléphones et médias sociaux n’est pas une déconnexion du tout. La logique des médias sociaux nous suit longtemps après nous être déconnectés. (…) 

Autrement dit, nous vivons dans une réalité augmentée qui existe à l’intersection de la matérialité et de l’information, de la physicalité et du numérique, du vivant et de la technologie, des atomes et des bits, de l’offline et du online. Il est faux de dire que IRL signifie hors ligne : Facebook est le monde réel ! Les photos postées, les opinions exprimées, les check-in qui remplissent nos flux d’information sont ancrés dans ce qu’il se passe quand nous sommes déconnectés. Le web a tout à voir avec la réalité. Il est composé de vraies personnes et de vrais corps, leurs histoires, leurs opinons.” 

“Ceux qui pleurent la perte de la déconnexion sont aveugles à son importance online. Quand Sherry Turkle se promenait à Cape Cod, elle respirait l’air, sentait la brise et regardait les vagues avec Facebook en tête. L’appréciation de ce moment de déconnexion était, en partie, un produit de la connexion. (…) La distinction claire entre la connexion et la déconnexion, entre l’humain et la technologie, est dévoyée au-delà de ce qui est tenable. Ce n’est pas réel tant que ce n’est pas sur Google ! Nous ne sommes pas amis tant que nous ne sommes pas amis sur Facebook. Nous avons besoin de comprendre de plus en plus nos vies via la logique de la connexion numérique. Les médias sociaux sont plus que quelque chose auquel vous vous connectez : c’est quelque chose que nous portons en nous. Nous ne pouvons pas fermer la session.”
Matt Richtel (@mrichtel) pour le New York Times signait lui aussi cet été un article sur notre dépendance technologique, en montrant combien cette préoccupation était prise au sérieux par bien des entrepreneurs de la Silicon Valley, qui ont recours à des coachs pour se faire aider à déconnecter… 

C’est Alexis Madrigal de The Atlantic qui répond (@alexismadrigal) : “ Ce type d’articles devrait aussi admettre que notre toxicomanie aux gadgets nécessite de reconnaître le rôle de la “grande accélération” (the Great Speedup) du travail qui attache les gens à leurs appareils.” Et de faire référence à un article de Mother Jones signé Monika Bauerlein et Clara Jeffery qui évoque la grande accélération de la productivité qui conduit chacun d’entre nous à travailler toujours plus. 

Si nous passons autant d’heures devant nos écrans, rappelle Madrigal, c’est peut-être parce que nous ne voyons pas le point clé de notre relation aux technologies modernes. La classe moyenne supérieure travaille plus d’heures et reste plus connectée à son travail qu’elle ne l’a jamais été. “Il s’agit d’un problème avec la façon dont nous abordons le travail, et non pas un problème lié à nos appareils.” Nos appareils nous ont juste permis de faire travailler les salariés 24h sur 24, 7j. sur 7. “Lorsque Richtel accuse nos gadgets, il canalise l’anxiété et la colère que les gens ressentent quant à leur travail” et qui s’expriment à l’encontre de nos objets technologiques. “Une grande partie de notre connexion compulsive (dans la mesure où elle existe) est un symptôme d’un problème plus important, pas le problème lui-même.”



déconnexion : l'école du cynisme ?

Pas d'ordi à l'école pour les enfants des cadres de Google ou d'eBay

28.02.2012, Quentin Duverger

Le directeur technique d'eBay partage un point com­mun avec plusieurs cadres supérieurs de socié­tés de pointe de la Silicon Valley comme Google, Apple, Yahoo et Hewlett-Packard : ils envoient leurs enfants dans une école... sans ordinateurs.

La Waldorf School of the Peninsula est l'une des 160 écoles Waldorf des Etats-Unis, dont 40 en Californie, pour­tant un bas­tion des nou­velles tech­no­lo­gies. La péda­go­gie de cet établis­se­ment repose avant tout sur l'éducation phy­sique et le tra­vail manuel. Il n'y a pas d'écran en classe : seule­ment du papier, des sty­los, des aiguilles à tri­co­ter, par­fois de la terre glaise. De bons vieux tableaux noirs, des pupitres en bois et des ency­clo­pé­dies sur des étagères contri­buent à l'ambiance rétro.
Les par­ti­sans de la péda­go­gie Waldorf estiment que les ordi­na­teurs inhibent la créa­ti­vité, le mou­ve­ment, les inter­ac­tions sociales et la capa­cité d'attention. Les trois quarts des parents d'élèves tra­vaillent dans des firmes high-tech et sont sur­con­nec­tés, mais ils n'y voient pas de contra­dic­tion avec ce choix d'éducation pour leurs enfants.

Alan Eagle, ingé­nieur chez Google et dont les deux enfants vont à l'école Waldorf, estime qu'il y a un temps pour tout, y com­pris pour la tech­no­lo­gie. Pourquoi se pres­ser ? Apprendre à se ser­vir d'un ordi­na­teur, « c'est super-facile, affirme-t-il. C'est comme apprendre à se ser­vir du den­ti­frice. A Google et dans toutes ces boîtes, nous ren­dons la tech­no­lo­gie aussi facile à uti­li­ser qu'il nous est pos­sible. Il n'y a pas de rai­son que les enfants n'y arrivent pas quand ils seront plus âgés. »
Cette éduca­tion « décon­nec­tée », à l'ancienne, n'est pour­tant pas don­née. Il faut en effet comp­ter 17.750 dol­lars (13.200 euros) par an de la mater­nelle au col­lège, et 24.400 dol­lars (18.150 euros) par année de lycée. Thierry Klein, pré­sident de Speechi (société qui déve­loppe des logi­ciels de for­ma­tion en ligne), ana­lyse sur son blog les rai­sons qui poussent ces parents high-tech à dépen­ser une petite for­tune pour pri­ver leurs enfants des gad­gets modernes :

« Il y a bien sûr la convic­tion, étayée main­te­nant par de nom­breuses études, que la tech­no­lo­gie n'améliore pas, ou pas beau­coup, le niveau des élèves. Mais le fac­teur clé [...] est la convic­tion qu'ont les parents que [la tech­no­lo­gie] diver­tit les élèves, les détourne du savoir. Celui qui va sur Internet [...] a toutes les chances de se retrou­ver à faire autre chose que de la recherche (lire la bourse, les résul­tats spor­tifs, chat­ter sur MSN...). Les concep­teurs des machines que sont Google, l'iPad ou encore eBay sont parfaitement conscients du phénomène d'addiction qu'ils créent et veulent en préserver leurs enfants. C'est d'un cynisme génial. »